Mémoires intemporelles

Tout s’effondre
à la surface du passé
fracassant l’insoutenable

Tout s’essouffle 
au coeur de la séquence infernale
des pouvoirs absurdes et illusoires

Tout se dissout
dans le fluide intemporel
lessivé par la douleur et la grâce, la peur et l’espérance

Tout se dégage, s’ouvre et s’enfuit
dressant un désert rose
d’où fleuriront les possibles enfouis dans la mémoire de l’humanité

©Line Blouin, mai 2019

Voyage intérieur

Depuis plus de 30 ans, je nourris en secret un jardin qui a les saveurs et les odeurs de l’Inde. L’Inde de Gandhi et du Dalaï-Lama, l’Inde d’Andréa, de Léa et de Krishna Das. L’Inde de moi assise sur un banc d’université, bouche bée devant la splendeur des sculptures voluptueuses hindoues. J’ai pleuré mille fois cette terre qui m’appelle et dont j’ai jusqu’ici ignoré le cri. Je marche sur la route de ma destinée.

Sur les eaux sacrées du Gange, je me suis assise et j’ai pleuré
Ma vie, la vie
La source de lumière et le puits de l’ombre

J’ai hurlé la souffrance enfouie
Le bonheur sous l’épiderme crasseux de l’illusion
Le sourire commis de mille misères

J’ai pleuré la distance de moi à toi
J’ai crié ce qui nous unit
De l’impérissable souvenance de nous
Baignée, immergée de toi, jusqu’aux os
Ma blessure à vif, suintant de mon amour inassouvi de toi
D’un temps immortel

Je rêve du jour de nos retrouvailles
J’embrasserai tes plaies et les ferai miennes
J’embrasserai ta ferveur et l’unirai à la mienne
Je libèrerai ma peur de toi

Ton visage envahissant purifiera mon passé
Laissera naître l’enclave embryonnaire de ce qui vient à moi
Dénudée de l’avant toi

Un jour, je m’y suis noyée
Emportée par les épousailles de mes ancêtres

Aller rejoindre les Déesses et les Dieux
Et ne jamais revenir

Un jour, je suis née de toi
Et me suis abreuvée à ta source

Line Blouin
Paru dans ROSE, le webzine du féminin sacré
Novembre 2018

Accueil

Aussi loin que je suis

Nous sommes allés loin
si loin
du dedans de la vie
jusqu’aux retranchements suintants
de nos vérités

De la soif de nos entrailles
la ferveur de nos amours
siège au sommet de l’exigüe
traverse du temps

L’ombilic des souvenances
Rose cocon des amours

L’embrasement fertile
guide la noblesse écarlate
des corps à corps éperdus
et dépouillés des armures ancestrales

Je touche l’épiderme de ton âme
Des larmes de cristal
s’évanouissent sur les cathédrales du Monde

Line Blouin
Paru dans ROSE, le webzine du féminin sacré
Octobre 2016