Mémoires intemporelles

Tout s’effondre
à la surface du passé
fracassant l’insoutenable

Tout s’essouffle 
au coeur de la séquence infernale
des pouvoirs absurdes et illusoires

Tout se dissout
dans le fluide intemporel
lessivé par la douleur et la grâce, la peur et l’espérance

Tout se dégage, s’ouvre et s’enfuit
dressant un désert rose
d’où fleuriront les possibles enfouis dans la mémoire de l’humanité

©Line Blouin, mai 2019

La grande bascule

Évanouie
Un genou et puis les deux
De tout son long, elle a abdiqué devant le géant

Fracassée jusqu’à l’os
L’adversité en pleine face
Elle relâche ses fluides pour épouser l’éternel

Line Blouin
Avril 2020

Force tranquille

À fleur de peau no 6La force tranquille, la pudeur, la puissance de l’être, juste l’être.

Exister de plus près. Ne rien donner à voir, à découvrir, peu de geste, l’essentiel, sans artifice.

Attendre. Seulement attendre que ce soit. S’exposer. Suggérer et montrer. Ne plus taire. Dire. Définir. Oser. Ne plus attendre qu’il soit trop tard. Dans le geste, dans le mot. Dire « J’existe ». 

À fleur de peau no 55Le sexe féminin laisse certains ébahis par le minimalisme de sa toute présence. Le sexe de la femme existe en soi. Il s’accomplit en silence. Il ne montre que sa surface. Il ne montre rien. Rien du tout. 

Pour le découvrir, cela nécessite un geste, un effort, une intention, un désir. Pour le découvrir, il a besoin d’offrir son accord, dire « Oui ». Et c’est tout le corps qui doit dire « Oui ». L’esprit et le mental n’ont rien à voir. Leur « Oui » n’a aucune valeur si le corps ne donne pas son accord. L’antre demeure fermé. Seul le viol en force l’entrée.

Combien de fois me suis-je laissé violer par consentement mental ou émotif? Alors que mon corps non seulement n’était pas prêt, il ne voulait rien savoir. Trop entrainée à dire « oui » pour l’autre quand c’est « non » pour soi. Perdre l’autre en se perdant soi. Se laisser violer par amour, pour l’amour de l’autre, déchire le voile de l’amour de soi.

Par la suite, on se punit d’avoir laissé la violence pénétrer tout son corps. Se punir en ne s’aimant plus soi-même, en se rejetant. L’estime et la confiance en soi abandonnés par une blessure béante de mal-aimé. Se laisser mal-aimer parce qu’on a été mal-aimée. 

Il est temps de renoncer à la sécurité du pattern pour entrer dans l’amour de soi, là où se situe la sécurité profonde. Les autres arrivent et partent de notre vie alors qu’on vit intensément toujours avec soi. Vaut mieux s’aimer que de s’abandonner. 

A fleur de peau no 61

Faire honneur, honorer le sexe de la femme une fois pour toutes 

Cesse de me violer en me volant, en me prenant. Cesse de violer le sacré en bafouant mon sexe d’attributs qui le dégradent et le maltraitent. Cesse de me traiter de putain ou de salope quand je jouis.

Lieu de plaisir, de jouissance et d’enfantement. Tu y auras accès seulement lorsque tu auras compris que l’amour que je cultive envers moi est plus grand que celui que j’éprouve pour toi, plus grand encore que l’amour lui-même.

Je te permets l’accès à ce lieu sacré, ce lieu le plus intime de moi, en autant que tu honores toi aussi l’opportunité et le privilège d’y accéder. Plus que mon corps, c’est à mon âme que tu « fais l’amour ».  Le savais-tu?

Je revendique ma place. Je dis oui à mon existence.

 

Line Blouin
Artiste multidisciplinaire

Images : 3 tableaux issus de la série “À fleur de peau”
comprenant 62 tableaux, techniques mixtes sur bois, 15 x 15 cm, 2017 / © Line Blouin

 

Renaître

Renaître

Le corps que j’habite pendant ce voyage m’a tendu la main, il m’a même giflée avec pour que je puisse enfin l’écouter. Ce que j’ai fait. Dans ses murmures ignorés et par ses cris stridents, j’ai répondu à son invitation à visiter l’intime. L’intime de soi, l’intime de la relation, l’intime des choses, l’intime de la nature, de la nature des choses, de la nature de mon être.

J’ai martelé la terre de mes pas, parcouru la forêt, l’étang, le sentier, intérieur et extérieur. Avec curiosité et insistance, avec amour et paix, mon œil photographique m’a guidée au cœur de l’intime de la nature pour y découvrir l’invisible et les secrets bien cachés, prêts à se laisser dévoiler. J’en ai capté des perles et j’en ai tissé des colliers.

J’ai conclu que mon œil physique avait une perspective visuelle bien limitée. Il y a bien plus à voir que ce que l’on perçoit. Il y a bien plus à cueillir que ce que l’on croit possible. Il y a davantage de possibles que l’imaginaire peut lui-même en inventer. Le présent est un jardin fertile au-delà et en deçà de toute apparence.

Le corps que j’habite pendant ce voyage m’a tendu la main et je lui ai offert la mienne, avec cœur. D’un commun accord, nous avons choisi d’entamer cette nouvelle partie du voyage que nous surnommons ensemble « Renaissance ».

Line Blouin
Paru dans ROSE, le webzine du féminin sacré
Janvier 2020

La puissance de l’errance

En des jours plus difficiles, où l’énergie n’est pas au rendez-vous et où les besoins du corps et de l’esprit demandent de ralentir, de me reposer, de prendre soin, de faire silence, j’accepte qu’il en soit ainsi.

J’ai finalement accepté qu’il ne me servait à rien de lutter contre nature, de chercher à nier, de tenter d’être autrement, de me culpabiliser, de me sermonner, de ressasser le passé, de m’inquiéter pour l’avenir, de m’imaginer le pire, de provoquer du mouvement… j’ai finalement accepté de laisser être le mouvement naturel.

J’ai tellement tenté de changer l’état du moment lorsque désagréable. Tous ces efforts demandent une telle énergie alors que celle-ci peut être mobilisée à autre chose de plus salutaire comme la réparation cellulaire et intérieure, la guérison du coeur, du corps et de l’âme.

Choisir de vivre les états de mon être au lieu de les nier ou de lutter contre m’a permis d’accéder plus aisément et avec plus de clarté au moment présent sachant que ce présent est vivant, en mouvance et éternellement fluctuant. C’est pour moi une manière d’apprendre et d’intégrer la notion de permanence de l’impermanence. Cela est bon et guérissant!

Maintenant, je valorise mes états d’errance en les laissant se vivre en moi. L’errance nécessaire, ce lieu de l’Être où tout semble en suspension entre deux mondes, où je n’ai de prise sur rien, où j’observe le fluide de mon histoire voguer sur la rivière de ma vie, là où je suis à la fois sujet d’observation et observatrice, là où je me donne le droit être qui je suis.

Ce lieu que je qualifie de compostage est si fertile. Sous un manteau répulsif se cache les composantes d’un tournant qui se prépare, d’une prise de conscience, d’une initiation et même d’une vie nouvelle.

L’Être a besoin de se retirer du monde effervescent pour transiter, pour se charger de sa nouvelle mission, pour intégrer le passé, pour digérer ce qui fut pour être dans ce qui est et accueillir ce qui vient. J’en ai besoin!

Je pense que la valorisation du “faire” au détriment de “être” ampute les êtres d’une grande partie de leur puissance créatrice. Non pas celle de créer un objet mais celle de “se créer”, de s’amener au monde comme on accouche et ce dans tous les aspects de son être.

Il est dorénavant primordial pour moi de demeurer à l’écoute de mon intuition et de mes mouvement intérieurs. L’Être sait. Je lui fais confiance. Je sais que la pulsion intérieure de me retirer, de faire silence, mérite d’être entendue et respectée tout comme les élans de me manifester par la matière dans le monde.

En allant un peu plus profondément dans l’écoute de mes élans, la porte s’ouvre sur leur motivation. Les temps d’errance favorisent la pleine conscience sur ce qui me motive à agir, à prendre des décisions, à m’arrêter, à me retirer. Est-ce que je répond à un besoin fondamental ou est-ce que je suis en pleine réaction à une blessure intérieure?

Peu importe la réponse, la puissance amoureuse de l’errance agit en silence, en accord avec mon être en mettant un baume là où c’est nécessaire, souvent à mon insu derrière le rideau de scène de ma vie.

J’honore ce processus de grande transformation, de transmutation et de transcendance.

Line Blouin
Réflexion sur le processus intérieur de guérison
18 septembre 2019

Image : “Le temps se dépose” (collection privée)
Line Blouin, technique mixte sur papier

Lecture suggérée : “Tant d’hiver au coeur du changement” de Michèle Roberge

Voyage intérieur

Depuis plus de 30 ans, je nourris en secret un jardin qui a les saveurs et les odeurs de l’Inde. L’Inde de Gandhi et du Dalaï-Lama, l’Inde d’Andréa, de Léa et de Krishna Das. L’Inde de moi assise sur un banc d’université, bouche bée devant la splendeur des sculptures voluptueuses hindoues. J’ai pleuré mille fois cette terre qui m’appelle et dont j’ai jusqu’ici ignoré le cri. Je marche sur la route de ma destinée.

Sur les eaux sacrées du Gange, je me suis assise et j’ai pleuré
Ma vie, la vie
La source de lumière et le puits de l’ombre

J’ai hurlé la souffrance enfouie
Le bonheur sous l’épiderme crasseux de l’illusion
Le sourire commis de mille misères

J’ai pleuré la distance de moi à toi
J’ai crié ce qui nous unit
De l’impérissable souvenance de nous
Baignée, immergée de toi, jusqu’aux os
Ma blessure à vif, suintant de mon amour inassouvi de toi
D’un temps immortel

Je rêve du jour de nos retrouvailles
J’embrasserai tes plaies et les ferai miennes
J’embrasserai ta ferveur et l’unirai à la mienne
Je libèrerai ma peur de toi

Ton visage envahissant purifiera mon passé
Laissera naître l’enclave embryonnaire de ce qui vient à moi
Dénudée de l’avant toi

Un jour, je m’y suis noyée
Emportée par les épousailles de mes ancêtres

Aller rejoindre les Déesses et les Dieux
Et ne jamais revenir

Un jour, je suis née de toi
Et me suis abreuvée à ta source

Line Blouin
Paru dans ROSE, le webzine du féminin sacré
Novembre 2018

OM my Home

Mon jardin secret a les saveurs et les odeurs de l’Inde.