Honorer le germe

Le tapis blanc de l’hiver emmitoufle la terre et donne l’illusion que tout est en dormance. Plusieurs d’entre nous ressentent l’impatience d’un printemps hâtif qui promet chaleur et couleurs. D’autres fuient le froid vers des contrées plus clémentes, disent-ils. Pourtant, les apparences sont souvent trompeuses car tout est en mouvance dans l’invisible, dans l’enfouissement des profondeurs de la Terre, au cœur de la matrice.

N’en n’est-il pas de même pour nous ?

Pour un instant, mettons de côté le rythme que nous nous imposons par la vie professionnelle nord-américaine occidentale compétitive, productive…

Pour un instant, prenons ce moment pour revenir à l’humain qui se terre dans son rôle familial, dans son masque social et dans ses activités. Prenons le temps de cette lecture pour guider la conscience dans l’essence même du Vivant en Soi. Ce n’est pas parce que nous conduisons des voitures et que nous voyageons de la Terre à la Lune que nous contrôlons tout, pas même la nature ; nous en faisons partie. Nous faisons UN avec elle. Nous sommes la nature. Et à observer tous les mouvements de Mère Nature ces temps-ci, nous ne pouvons que nous incliner devant sa force, sa puissance et son impressionnant mouvement. Nous croyons subir ses intenses raz-de-marée, ses tremblements de terre, ses tsunamis. Toutefois, nous faisons partie du mouvement de la vie, nous sommes le mouvement, nous nous mouvons avec elle, par elle, en elle. Nous sommes UN.

Quel est le mouvement qui vous habite, intérieurement, en silence ?

En cette période de l’année, nous sommes un Être Vivant en hiver. Ici, dans notre occident nord-américain, c’est l’hiver. Nous participons, qu’on le veuille ou non, à ce cycle de la vie. Nous sommes dedans. Rien de mieux qu’une bonne tempête de neige pour saisir totalement l’essence de l’hiver. Souffleurs, pelles, déneigeuses, stationnements embourbés dans l’urbanité, voilà autant d’indices que les cristaux de neige ralentissent la vitesse à laquelle nous nous précipitons dans le moment présent, sans pour autant le savourer, car nous nourrissons le dépassement de soi et des autres en rivalisant avec soi-même et avec les autres, en tentant de trouver notre identité au coeur dans la jungle de la société moderne. Heureusement qu’existent les centres de skis pour goûter les joies de l’hiver et surfer sur ce magnifique tapis blanc ! Heureusement qu’existent les âtres dans lesquels l’odeur du bois en fusion invite à la détente, au repos, à la douceur de l’intérieur ! Avec un bon chocolat chaud !

Le germe de la carotte ne donnera jamais un navet !

L’identité de la carotte est claire et nette, elle est dans son germe. Vous n’en doutez même pas. Nous faisons connaissance avec son identité au moment où elle se pointe à la surface du sol. Et ce n’est pas en hiver que ça se passe. L’hiver, la matrice se régénère, se repose, prend des forces, assimile, intègre ; elle semble attendre. Elle nourrit silencieusement la vie pour donner la vie car, bientôt, elle portera le germe de la carotte à terme.

Êtes-vous trop en mouvement pour ressentir le mouvement de la vie intérieure ?

Honorer la vie, c’est savourer les saveurs au cœur du cycle de sa vie. Dans quelques semaines, les érables se réveilleront sous les doux rayons du soleil printanier et nos papilles se réjouiront, encore une fois, de cet élixir merveilleux que seuls nos érables, nourris par la matrice québécoise, savent nous offrir sur une palette de bois, années après années.

Je ne veux pas vous presser… mais il ne reste que quelques semaines pour savourer l’intériorité de l’hiver et pour en cueillir les cadeaux. Déjà, l’ensoleillement s’étire dans mon agenda et dans ma cuisine. Dans quelques semaines, nous serons tous stimulés par la luminosité éclatante et par tout ce qui se trouve à l’extérieur de soi. Alors que chaque cycle ou chaque mouvement de vie appelle sa couleur, je vous invite à prendre le temps de savourer et de matérialiser les saveurs et les couleurs de l’intériorité en honorant le germe de vie qui se love au cœur de votre être. Honorez votre essence afin d’accueillir et de cueillir Qui vous êtes et afin de récolter, au moment venu, les fruits de vos entrailles, de votre matrice, de votre créativité, de votre germe de vie.

À chaque cycle sa saveur et sa couleur. Honorer chacun de ses mouvements intérieurs favorise la fluidité avec les mouvements extérieurs. L’impression de subir sa vie se dissout et la sensation de participer au mouvement de la vie et d’en être co-créateur se répand dans chacune de nos cellules et dans chaque geste du quotidien.

C’est par la peinture que je choisis d’honorer mon germe de vie en créant des images qui émergent de mes profondeurs et qui me révèlent et me rappellent Qui je suis et que, inévitablement et au moment venu, je récolte l’essence même de ma propre nature. Par la peinture, je me laisse guider par les couleurs, les formes et par le processus même de la mise en image sans nécessairement en connaître le résultat préalablement. Tout ce que je connais, c’est l’intention de départ ; celle-ci est pure et définie et son accomplissement s’effectue dans la souplesse. Je laisse évoluer le germe de l’intention en suivant le rythme du mouvement créateur. La patience et la persévérance, dans le lâcher prise, sont au rendez-vous. N’est-ce pas un mouvement créateur inclusif de toutes les parties de mon être : le rationnel et l’irrationnel.

Par saine contamination, le processus par la peinture m’aide à lâcher prise dans la vie quotidienne car, dans le quotidien de la vie, nous ne connaissons pas toujours le « comment » car il est du domaine de l’Univers. Nous avons le pouvoir, j’entends même la puissance, sur l’intention, sans savoir « comment » nous y arrivons. Lâcher prise sur cette partie de la réalisation crée la fluidité nécessaire afin d’accueillir les résultats de l’intention. Accueillir ce qui est. Cueillir le germe à sa maturité.

Il y a de ces moments où je sens que la vie me porte dans une direction, celle de mon intention. Je me porte avec la Vie. Je me sens aspirée et inspirée à agir d’une certaine façon, à poser certains gestes et à faire certains choix. Je me sens alignée dans mon intention de me créer. Pas à pas, j’avance vers moi.

Afin d’offrir une nouvelle direction à votre vie qui vous conduit davantage vers vous que vers l’extérieur, accueillez et laissez circuler les mouvements intérieurs et offrez-vous l’opportunité d’exprimer vos images intérieures (sensorielles) par la peinture dans l’espace du lâcher prise et de l’accueil des cycles de la création de soi. Permettez à votre créativité de contaminer sainement toutes les sphères de votre vie afin d’honorer et de nourrir le germe qui germe en vous.

En cette fin d’hiver qui nous achemine doucement vers la Pâques, que le germe de vie en vous s’élance vers la renaissance et l’éclosion de Qui vous êtes.

Line Blouin

Partagez